le 12 avril 2021
  • Formation

Publié le 12 avril 2021 Mis à jour le 12 avril 2021

Un planétarium mobile pour apprendre autrement ! Entretien avec Gilles Rémy

© Vecteur créé par upklyak - Freepik

Gilles Rémy, enseignant de CY Tech, développe un projet de planétarium mobile à destination d'écoliers et d'adultes en situation de handicap.

Gilles REMY est enseignant au département de Physique de l’Institut des Sciences et Techniques de CY Tech. Après des études à l’ENS Cachan, une agrégation de physique et un doctorat d’astrophysique en poche, il a été recruté il y a 25 ans par l'Université sur un poste de PRAG. Outre son cœur de métier avec une large palette d’enseignements de Physique, il a également été responsable de la formation des enseignants en Physique-Chimie, directeur-adjoint du département de Physique, et est actuellement chargé de mission Relations Lycées de CY et le responsable de la préparation à l’agrégation interne de Physique-Chimie. En collaboration avec le LERMA, laboratoire d’Astrophysique de CY Tech, il développe depuis 6 ans un projet de planétarium mobile avec lequel ils présentent les mystères de notre Univers, principalement à un public scolaire, mais pas que…


Comment fonctionne le planétarium ?

planétarium mobile
planétarium mobile
Le planétarium est constitué d'une structure gonflable en forme de bulle permettant d'accueillir une demi-classe, d’un ordinateur, d’un vidéoprojecteur, d’un logiciel de planétarium, de type Stellarium, permettant de simuler les différents objets du ciel et d'un miroir sphérique adapté à la projection sur la voûte artificielle ainsi créée. Ce planétarium permet d’initier à l’astronomie sans contraintes météorologiques ou de pollution lumineuse. Il permet d’observer rapidement des phénomènes qui sont, par essence, très lents (la Terre ne tourne sur elle-même qu’en 24h et autour du Soleil qu’en un peu plus de 365 jours), voir passés ou à venir. C’est un outil idéal pour découvrir le ciel aux heures de classe. L’aspect reproduction fidèle de la voûte céleste permet une impression très différente d'une conférence ou d’une projection vidéo qui s'apparente souvent dans l'esprit à des images, comme celles de la télévision.


Apprendre autrement : vous formez des étudiants à son utilisation afin d'intervenir en milieu scolaire. Racontez-nous !

Partant du constat que nous n’étions que 3 ou 4 personnes capables de conduire une séance sous le dôme, et vu le nombre croissant de sollicitation auxquelles nous avions à faire face, j’ai décidé de former, de trois manières différentes, des étudiants à son utilisation afin de nous aider à répondre à la demande :
  • en stage de Licence d’un mois où j’accueille régulièrement 2 ou 4 (exceptionnellement 9 cette année !) étudiants de Licence Physique ou Licence Physique-Chimie pour concevoir et mettre en œuvre des séances de planétarium du primaire au secondaire,
  • en Master 2 MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) où je propose un enseignement, sur 2 séances, de prise en main du planétarium à des fonctionnaires stagiaires en alternance entre cours universitaires et enseignement en classe, de façon à ce qu’ils se l’approprient et l’utilisent dans leur établissement
  • dans le cadre d'une UE libre "Planétarium" de 18h, proposée en Licence à l'Institut de Sciences et Techniques de CY Tech, avec depuis cette année une ouverture à l’ensemble des composantes, où les étudiants travaillent, en équipe mixte scientifique-humaniste, sur divers projets qui s’articulent autour de Stellarium : les constellations des mythologies aux faits scientifiques ; construire une séance en distanciel ; art et science avec le centre de la Gabrielle à Claye-Souilly.

Vous avez commencé un travail avec un centre pour personnes en situation de handicap...

Les trois interventions au centre de la Gabrielle faites l’an dernier ont été précédées par un travail en amont des animateurs du centre avec les personnes en situation de handicap sur leur représentation visuelle et graphique de l'espace et de l'Univers, agrémentée d'une ou plusieurs questions qui les intéressent et surtout leur transformation artistique. Nous avons classé ces questions par catégories (mouvements, Système Solaire, Galaxie, Univers lointain), puis, chaque étudiant a choisi sa thématique et a construit sa séance en s'appuyant sur les questions et les dessins des usagers du centre. Une reprise et un travail de remémoration a été fait à chaque fois. Les animateurs ont fait un travail avec les usagers sur la fabrication de maquettes pour expliquer, à travers la manipulation d’objets simples, les différents phénomènes observés. Ils ont aussi travaillé avec eux sur des artistes qui s’inspirent de représentations de l’Univers : Olafur Eliasson, Yayoi Kusama, Anselm Kiefer, Peter Kogler. Ce projet ouvre des perspectives intéressantes. Nous avons d'ailleurs été à nouveau sollicités cette année pour continuer cette démarche de médiation. Un groupe d’étudiants en binôme avec des usagers participant à un atelier artistique s’est constitué afin de développer des outils pédagogiques adaptés à ce type de public. La production d’un livret regroupant dessin et/ou représentation d’une production artistique avec questions des usagers et réponses des étudiants est en projet.


Quels sont les bénéfices de ce type de projet ?

Outre une formation à l’utilisation du logiciel Stellarium, aux bases de l’astronomie et aux rudiments de la médiation scientifique et de l’enseignement, les étudiants acquièrent une véritable expérience de vie faite de rencontres et d’échanges avec leur public. Ils apprennent à monter un projet de A à Z, à travailler en équipe … Les témoignages qui suivent résume assez bien leur état d’esprit :

« Ce stage a été pour moi une expérience enrichissante, notamment par le contact avec les enfants. Ayant de bons rapports avec les plus jeunes, il était intéressant pour moi de travailler avec eux et d’essayer de leur apporter mon savoir. En effet, j’avais envie de leur faire comprendre les phénomènes peu importe les moyens utilisés (avec la lampe torche de mon téléphone en tant que Soleil par exemple). J’ai donc eu le sentiment d’être utile et la satisfaction de voir les élèves comprendre et s’intéresser à l’astronomie, ce qui, après notre travail fourni, est une belle récompense. » Kenza (Licence 3 Physique-Chimie)

« Ce stage d’un mois que nous avons effectué m’a beaucoup apporté autant dans le plan personnel que professionnel. Tout d’abord, il m’a permis d’ajouter à ma liste de compétences l’utilisation d’un nouveau logiciel : Stellarium. De plus, toutes ces séances que nous avons eu à réaliser nécessitaient que l’on fasse des recherches. Ces dernières m’ont permis d’enrichir ma culture générale. Par exemple, auparavant je ne savais pas comment retrouver l’étoile polaire à partir de la Grande Ourse ou encore l’origine des différentes saisons. Ainsi, ce stage m’a apporté de nombreuses informations sur un nouveau domaine qui est l’astronomie. D’un point de vue personnel, ce stage a accentué mon assurance et ma confiance en moi. En effet, nous avions à nous exprimer face à un jeune public et pour paraitre convaincant, il fallait être autoritaire, dynamique et sûre de soi. » Housna (Licence 3 Physique-Chimie)

« Les retours des élèves ont tous été très positifs. Après l’émerveillement, ils ont constaté que nous pouvions faire de la science autrement et de façon originale. Tous les élèves, même les plus dissipés ont été fascinés par cette activité. Nous tenons aussi à souligné le soutien et l’émerveillement de tous nos collègues et de nos directions qui ont été impressionnés par le projet que nous avons réussi à monter en si peu de temps. Nos directions tellement intéressées par cet outil, que nous avons été sollicités pour en faire également bénéficier les autres élèves du collège et même certains élèves d’école primaire. Dans un établissement, ce planétarium a également été l’occasion de développer un projet interdisciplinaire en collaboration avec un professeur de latin grec. De son coté le professeur a travaillé avec ses élèves sur les mythes grecs qui ont donné leur nom à certaines constellations. Chaque élève a appris une histoire mythologique puis, l’ensemble des élèves est venu dans le planétarium pour réaliser une séance d’initiation sur les constellations pendant la pause méridienne aux autres élèves du collège. Après une présentation « scientifique » des constellations, chaque élève a raconté son histoire pendant que la constellation était projetée dans le planétarium. Avec le professeur de latin grec, nous avons pensé que ce projet pouvait donner lieu à un EPI pour les années futures. » Laeticia et Bérangère (M2 MEEF Physique-Chimie)

Comment imaginez-vous ce projet dans le futur ?

Pour l’instant limité à la région parisienne, même si le dôme a « voyagé » jusqu’à Londres, ce projet a vocation à essaimer. Nous travaillons actuellement - pandémie oblige - à la construction de séances en distanciel, sans le dôme bien évidement mais plus interactives (activités avec le logiciel, quizz, etc.), de façon à pouvoir proposer ce type d’activités à l’échelle du pays et pourquoi pas, un jour, s’ouvrir à l’international.

Par ailleurs, avec François Dulieu du laboratoire LERMA, Assia Bauquis Nechache et Emmanuel Rollinde du LDAR (laboratoire de didactique André Revuz), nous avons commencé à construire le nœud francophone du bureau pour l’éducation de l’Union Astronomique Internationale. C’est dans ce cadre que nous comptons proposer une mission doctorale qui visera, entre autres, à accompagner les projets de diffusion du savoir dont le planétarium fait parti et à améliorer la visibilité de ses actions.

En savoir plus sur le planétarium Laboratoire LERMA Institut Sciences et Techniques